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MLG76

Blog des militants socialistes de Seine-Maritime qui se reconnaissent dans la motion "Maintenant la Gauche !" déposée par Emmanuel MAUREL lors du Congrès de Toulouse du Parti Socialiste.

 

contact : MaintenantLaGauche76@yahoo.fr

 

 

  

 

Vive La Gauche 76

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 13:36

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Entretien du Nouvel Observateur.

C’est dans son bureau de l’Assemblée nationale qu’Henri Emmanuelli, député PS des Landes (3e circonscription), a reçu Nouvelobs.com pour un tour d’horizon de l’actualité politique. A l’approche des élections cantonales et à moins d’un an et demi de la présidentielle, il explique la montée du Front national dans les sondages par "la stratégie" de la peur de Nicolas Sarkozy, appelle son parti à retrouver ses valeurs s’il veut renouer le lien avec l’électorat populaire et plaide pour la candidature de Martine Aubry à la primaire socialiste. Son leitmotiv : le rassemblement de la gauche, condition sine qua non, selon lui, à la reconquête du pouvoir exécutif. S’il a failli quitter le PS au moment du référendum constitutionnel européen en 2005, celui qui a dirigé le parti entre novembre 1994 et octobre 1995 est aujourd’hui convaincu d’être "plus utile à l’intérieur qu’à l’extérieur."

Face à la montée du Front national, le Premier ministre François Fillon a appelé chacun à s’interroger sur ses responsabilités, sous-entendant que la gauche y avait également sa part de responsabilité...

D’abord, je suis ravi de voir que les médias font leur "Une" tous les jours sur Marine Le Pen. Ce qui est sans doute le meilleur moyen de combattre les thèses du Front national... Cela dit, la responsabilité me paraît partagée.

Sur le fond, indépendamment de ce que déclare François Fillon, je constate depuis longtemps déjà que la montée du Front national est forte. D’abord parce que la stratégie de Nicolas Sarkozy est suicidaire. En voulant récupérer les voix du Front, en popularisant une thématique xénophobe, en diabolisant l’immigration, en attisant les peurs, non seulement le Président de la République ne réduit pas le Front mais il fait son jeu. Il est clair que le FN est en train de siphonner durement une partie de l’électorat de droite. Les élections cantonales vont à mon avis confirmer cette tendance. A ce sujet, je vous invite à regarder ce qui se passera dans le 14e canton de Nice où Jacques Peyrat, l’ancien maire soutenu par le FN, Dominique Estrosi-Sassone, adjointe au maire de Nice qui a l’investiture officielle de l’UMP et le sortant socialiste Paul Cuturello sont en lice.

La montée du FN s’explique aussi par la crise sévère qui a notamment ébranlé les classes moyennes et populaires. Elles n’ont plus confiance ni espoir en l’avenir. C’est sur ce fond de pessimisme et de précarité que l’extrême-droite capitalise.

Comment se positionne la gauche face à cette réalité ?

Dans ce contexte, la responsabilité de la gauche est double. Elle se doit d’abord d’éviter d’arriver en ordre trop dispersé à la présidentielle. Elle doit ensuite reconquérir l’électorat populaire. Mais avec 10% de chômeurs et un taux de croissance qui ne dépasse pas 1,5%, cette reconquête ne va pas de soi. Pour y parvenir, la gauche doit retrouver ses valeurs. Dans le cas contraire, elle restera inaudible.

J’ajoute que la gauche a le devoir de s’emparer de la problématique de l’avenir. Sur l’immigration par exemple, son rôle est d’affirmer qu’elle n’est pas un fardeau mais une chance. Et ainsi d’apporter la contradiction à la droite qui aborde cette question de façon exclusivement négative.

Faites-vous des élections cantonales un test avant la présidentielle 2012 ?

Nous essayons modestement de le faire mais ce n’est pas facile face à la stratégie du gouvernement et du Président de la République qui consiste à banaliser ce scrutin et à en faire un enjeu uniquement local. Je dois dire que nous ne sommes pas aidés par les médias qui restent relativement silencieux sur le sujet. Pour ne rien arranger, ces élections sont pour la première fois détachées de tout autre scrutin. Néanmoins, dans le porte à porte que font beaucoup les candidats, on enregistre un fort mécontentement. Si cela se confirme dans les urnes, le pouvoir ne pourra plus l’ignorer.

Même si l’abstention est importante ?

Il y aura sans doute un fort taux d’abstention, comme au second tour des élections cantonales précédentes. Ceci étant dit, l’abstention constitue également un test pour peu qu’on l’interprète avec bonne foi. En France, comme dans toutes les démocraties, les élections se gagnent par les défaillances de l’électorat. Quand l’électorat de gauche s’abstient plus que celui de droite, la droite gagne et quand l’électorat de droite s’abstient plus que celui de gauche, la gauche gagne.

Le rapport d’Arnaud Montebourg sur les mœurs politiques dans les Bouches-du-Rhône ne risque-t-il pas d’accentuer encore l’abstention annoncée ?

On a toujours su au Parti socialiste que la fédération des Bouches-du-Rhône avait un fonctionnement un peu particulier. Ce n’est pas d’aujourd’hui. Sur les faits eux-mêmes, il y a une enquête en cours. Laissons la justice faire son travail tranquillement. J’attends les conclusions de l’enquête. Je n’ai pas l’habitude de jouer les imprécateurs ou les procureurs.

Cela dit, est-ce que cette "affaire" ébranle les électeurs des Bouches-du-Rhône ? Il faut leur poser la question. Dans les Landes ou en Seine-Saint-Denis, je n’ai pas l’impression qu’ils s’en préoccupent. En revanche, la sphère médiatique est complètement focalisée là-dessus alors même que l’enquête est en cours.

Proche de Martine Aubry, vous n’apparaissez pourtant pas aux côtés de la soixantaine de députés, regroupés au sein d’un groupe baptisé Solférino 2012, qui se sont déclarés en faveur de sa candidature à la primaire socialiste. Comptez-vous y adhérez officiellement ?

J’appartiens tacitement à ce groupe. Pourquoi irai-je au-delà alors que je me suis toujours exprimé en faveur de la candidature de Martine Aubry à la primaire socialiste ? Il n’y a aucun mystère. Nous sommes partisans de sa candidature. Elle le sait très bien mais préfère s’en tenir au calendrier adopté, arguant qu’elle est la Première secrétaire et qu’elle a, à ce titre, le devoir de faire respecter les choix du parti. Attention néanmoins à ne pas trop attendre. Martine Aubry doit se décider. La formation de ce groupe répond à cette exigence. Elle est aussi une réponse à la campagne des strauss-kahniens. Ces parlementaires se disent qu’il n’y a aucune raison de rester l’arme au pied quand d’autres se croient obliger de se répandre.

Au fond, ce groupe est l’expression d’un mouvement beaucoup plus large. Sur 205 députés socialistes, il y en a plus de soixante favorables à la candidature de Martine Aubry.

Mais a-t-elle les moyens de rassembler une majorité au sein du PS ?

Je pense que la Première secrétaire est en position pour être candidate. Je ne vois pas pourquoi le leader du Parti ne pourrait pas prétendre à l’exercice du pouvoir exécutif. Au-delà de cela, Martine Aubry a le profil pour rassembler la gauche. Ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde... Et le rassemblement de la gauche sera sans doute une nécessité pour remporter la présidentielle.

La remise en cause de la primaire par Pierre Moscovici n’est-elle pas le signe que le rassemblement s’annonce d’ores et déjà difficile ?

La primaire telle que l’a conçue Arnaud Montebourg est peut-être dangereuse. Si j’ai toujours été partisan à ce que les militants, voire les sympathisants connus du parti, se prononcent, je reste sceptique sur la primaire. Un parti est un organe de réflexion collective. Cela signifie que le programme du candidat doit être celui du parti. Sinon ça ne rime à rien. Par ailleurs, comment allons-nous les contrôler ? C’est compliqué. Ce n’est pas notre tradition. Si la primaire était mal maîtrisée, elle peut être lue comme une grande marque d’improvisation.

Et après la primaire ? En 2007, Ségolène Royal avait pointé le manque de soutien de son propre camp...

C’est faux. On l’a tous soutenue. Ségolène Royal s’est elle-même isolée. Je devais être membre de son conseil politique en 2007. J’attends toujours qu’elle le réunisse. Elle a joué cavalier seul. Je le lui ai directement reproché. L’objectivité consisterait à dire que soutenue, Ségolène Royal a plutôt surpris ses partisans par des propositions impromptues dont ils étaient censés, au nom d’une "discipline militaire", adopter les fondamentaux sans discuter. Quand il s’est agit dans l’entre deux tours d’accepter la perspective de François Bayrou Premier ministre, croyez-moi, j’ai pris sur moi. Je me suis juré cette semaine-là que je ne me tairais plus jamais sur un sujet pareil.

Outre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry, François Hollande apparaît, dans les sondages, comme un candidat crédible. Peut-il être un recours ?

D’abord, je regrette que François Hollande se soit défaussé en 2006 lorsque je lui ai demandé de se présenter. Il serait peut-être président aujourd’hui. On aurait évité des écarts qui sont dangereux pour la République. Depuis quatre ans, Nicolas Sarkozy prend des risques avec la démocratie. En essayant d’apeurer les foules avec la "vague migratoire" provenant des pays arabes, Nicolas Sarkozy s’est montré totalement irresponsable. Le temps de l’alternance est venu.

Vous sentez-vous à votre place dans un Parti socialiste dont l’identité social-démocrate est aujourd’hui pleinement assumée ?

Lorsque j’ai fait campagne pour le "non" au référendum constitutionnel, je m’attendais à être exclu du PS. J’aurais pu, comme Jean-Luc Mélenchon, le quitter de mon propre chef. J’ai failli passer le pas plusieurs fois. Mais je crois que je suis plus utile à l’intérieur du PS qu’à l’extérieur.

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