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MLG76

Blog des militants socialistes de Seine-Maritime qui se reconnaissent dans la motion "Maintenant la Gauche !" déposée par Emmanuel MAUREL lors du Congrès de Toulouse du Parti Socialiste.

 

contact : MaintenantLaGauche76@yahoo.fr

 

 

  

 

Vive La Gauche 76

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 20:55

http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2008/09/17/h_4_ill_1096096_730948.jpg

 

Article de Barbara Romagnan

 

 

L’actualité estivale a été, comme chacun sait, marquée par le démantèlement de plusieurs campements roms, en particulier dans les agglomérations de Lille, de Lyon et plus récemment d’Evry. Ces événements ont relancé, au sein de la gauche, un débat sur l’accompagnement et la prise en charge de ces populations. Cette problématique est complexe. A travers les Roms, ce sont en effet nos politiques d’intégration, de logement, d’insertion sociale et professionnelle qui sont interrogées.

 

A cet égard, il me semble particulièrement important que nous, représentants de la Nation, soyons en mesure de tenir un discours apaisé sur ce sujet, loin du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010. Il me semble par ailleurs fondamental de ne pas réduire ce débat à l’application ou non des lois en vigueur. Cela ne doit en effet pas interdire de s’interroger plus avant sur leur évolution et surtout sur le devenir de ces populations.

Le terme « Roms » : savoir de qui l’on parle

A titre liminaire, il convient de rappeler ce que désigne sémantiquement le terme de Roms, tant les confusions et les amalgames semblent nombreux. Selon la définition qu’en donne l’Union européenne (UE), les Roms sont un large ensemble d’individus (Manouches, Gitans, etc.) ayant en commun une origine indo-européenne et une langue initialement commune. Un peu plus d’un million de personnes vivant en Europe répondent à cette définition.

Toutefois, sur notre sol, ce terme générique n’est généralement pas employé. On parle de « Tsiganes » pour désigner un certain nombre de populations nomades initialement originaires du nord de l’Inde et de l’Europe de l’Est, présents en France depuis le quinzième siècle. Ils sont actuellement entre 350 000 et 400 000 sur notre sol, tous ou presque de nationalité française et généralement encore de culture nomade. Ces personnes se distinguent toutefois fortement par leur religion –certains sont de confession catholiques, d’autres évangélistes- leur rapport au voyage, et bien entendu leur niveau de vie.

Quant au terme « Roms », il fait référence à une population dont les membres sont des ressortissants de l’Union européenne, essentiellement de nationalité roumaine et bulgare, et arrivés en France après la chute du mur de Berlin et à la suite de l’intégration de leur pays dans l’espace européen. Selon les associations concernées par ces populations, il y aurait actuellement en France entre 15 000 et 20 000 personnes répondant à cette définition, qui s’installent essentiellement aux abords des grandes agglomérations. Au contraire des Tsiganes encore souvent attachés à la culture du voyage, tous les Roms ou presque aspirent à un mode de vie sédentaire.

 

Enfin, rappelons qu’en France et dans huit autres pays de l’UE, des mesures transitoires sont appliquées aux travailleurs bulgares et roumains depuis l’entrée de leur pays dans la communauté européenne en 2007. Contrairement aux autres Européens, ces personnes doivent posséder une carte de séjour au-delà de trois mois passés en France. Elles doivent par ailleurs disposer d’une autorisation de travail, dont l’obtention est facilitée pour une liste précise de professions. Les Roms originaires de Roumanie et de Bulgarie sont concernés par ces mesures transitoires, dont l’UE prévoit la levée au plus tard le 31 décembre 2013.

Des populations différentes, aux besoins divergents

Ce bref état des lieux permet de mesurer les fortes différences existant entre ces populations, regroupées sous une dénomination unique par l’UE. Leurs besoins sont loin d’être identiques.

Nous parlons d’une part de 350 000 à 400 000 Français de culture nomade. Les problématiques qui s’attachent à leur mode de vie sont connues de longue date : accès à des terrains adaptés et de qualité, à l’éducation, à la formation professionnelle, à la santé, aux droits civiques, etc. Il est également impératif de permettre une bonne cohabitation entre ces personnes et le reste de la population.

Nous parlons d’autre part de 15 000 à 20 000 migrants économiques, souvent travailleurs pauvres et victimes de discriminations dans leur pays d’origine, et qui sont par ailleurs des citoyens européens « en devenir » aux droits restreints. La principale problématique soulevée ici est indéniablement celle de l’intégration sociale et économique. Il s’agit là non seulement d’un devoir républicain, mais aussi d’une obligation légale : à partir de 2014, ces personnes feront en effet pleinement partie de l’UE, disposant des mêmes droits que tout citoyen de l’Union, dont de la liberté de circuler et de travailler.

Des politiques efficaces peuvent être mises en œuvre

Pour chacune de ces populations, des solutions existent. Des politiques efficaces peuvent être menées au service de ces populations.

En ce qui concerne les Tsiganes, leur situation a évolué dans le bon sens avec l’obligation faite aux communes de plus de 5000 habitants de prévoir l’aménagement d’aires d’accueil. Reste à faire en sorte que les schémas de construction soient respectés et que ces aires soient d’une qualité égale sur l’ensemble du territoire. Il est par ailleurs indispensable de s’interroger sur la diversification de l’habitat, afin d’être en mesure de répondre aux particularités de chaque situation. Ainsi, il est possible de mettre en place, en plus des aires « classiques », des aires de plus petit passage, des terrains familiaux, des terrains négociés et des habitats en « dur » pour les Tsiganes choisissant la sédentarisation.

Il faut par ailleurs prendre davantage en compte ces populations dans nos systèmes d’éducation et de formation. Là encore, la situation a progressé. Grâce au travail de l’Education nationale, d’associations locales et de collectivités, plusieurs camions-écoles circulent désormais dans les départements francs-comtois afin de permettre la scolarisation des enfants tsiganes. Un projet de formation professionnelle destinée aux adultes est par ailleurs à l’étude. Autant de mesures qui peuvent être étendues, en s’appuyant sur les collectivités volontaristes et les associations locales qui travaillent avec les Tsiganes.

Pour ce qui est des Roms, il faut bien entendu travailler à un accès plus large au marché du travail. A cet égard, je salue les décisions prises il y a peu par le gouvernement concernant la levée de la taxe pesant sur les employeurs embauchant des personnes roumaines ou bulgares et l’élargissement de la liste des professions qu’elles peuvent exercer. Comme l’a également souligné la Commission européenne, ces mesures vont dans le bon sens : donner à une personne la possibilité d’exercer un emploi, c’est lui permettre d’avoir un revenu, un logement, et de s’insérer durablement dans notre société.

Reste à travailler sur la question des expulsions : outre qu’elles sont bien souvent indignes, elles sont la plupart du temps inefficaces, puisqu’elles concernent des personnes susceptibles de revenir à tout moment et en toute légalité sur notre sol. Il serait plus judicieux de consacrer nos efforts à la mise en place de véritables solutions d’accueil et d’hébergement, assorties d’un accompagnement social chaque fois que nécessaire. Rappelons-le : les Roms ne vivent pas dans des campements insalubres par choix. Leur permettre l’accès à un habitat digne favoriserait aussi la scolarisation des enfants et le suivi médical de ces publics. Des expériences ont déjà été menées en ce sens (villages d’insertion, logements en diffus, etc.) et peuvent servir de bases à une réflexion plus large, permettant d’éviter les démantèlements de campement sans solution.

Enfin, ce travail ne pourra se faire sans médiation. Là encore, ceci n’a rien d’impossible. Nous avons la chance de pouvoir compter sur des collectivités, des associations et des acteurs locaux engagés sur ces questions et ces problématiques. L’Etat doit les mobiliser autour d’un objectif d’intégration à long terme. Au-delà, il doit rappeler, contrairement à ce qu’a fait le précédent gouvernement, que la France est engagée dans un destin commun avec l’ensemble des autres Etats membres de l’UE et de leurs habitants. Roumains et Bulgares seront, dans un an et demi, des citoyens européens à part entière. Il faut s’y préparer, en prenant dès maintenant les mesures qui s’imposent.

 

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